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Gouvernance IA pour les RH 3 min read

IA générative au Maroc : 45% équipées, 0% gouvernées

45% des grandes entreprises marocaines ont adopté l'IA générative mais font face à une pénurie d'experts. Comment recruter et former pour éviter l'échec?

Naïm Bentaleb

Naïm Bentaleb

AI Strategy & Governance Advisor

45% des grandes entreprises marocaines ont adopté l’IA générative selon LNT.ma. C’est quinze points de plus qu’il y a six mois. Pendant ce temps, SNRTnews alerte sur une pénurie brutale d’experts IA. Jobzyn et Maki peinent à fournir les profils. L’Université Al Akhawayn organise des rencontres entre dirigeants et RH pour tenter de colmater la brèche.

On répète l’erreur de 2015. À l’époque, on achetait des ERP sans penser aux utilisateurs. Aujourd’hui, on déploie ChatGPT Enterprise et Microsoft Copilot sans savoir qui va les configurer, les sécuriser, les intégrer aux processus métiers. Le résultat est prévisible. Des licences payées à prix d’or qui servent à rédiger des emails un peu plus vite. C’est tout.

Le marché du recrutement IA au Maroc est devenu une jungle. Un data scientist avec trois ans d’expérience se fait doubler son salaire par la concurrence. Les banques (Attijariwafa, BMCE) et les télécos (IAM, Inwi) siphonnent les talents des startups et des ESN. Les cabinets comme le nôtre voient des briefs impossibles. “Je veux un prompt engineer, bilingue arabe-français, avec une culture DevOps et une connaissance du secteur bancaire”. Ça n’existe pas. Ou plutôt, ça existe à Casablanca pour quarante mille dirhams par mois. Minimum.

Les écoles ne suivent pas. L’INSEA et l’EMI sortent deux cents data scientists par an. Le marché en demande deux mille. L’écart entre la salle de classe et le bureau est béant. Quand un étudiant sait faire du machine learning sur Python, il ignore comment sécuriser un flux de données clients dans une banque marocaine soumise à la réglementation AMMC. L’Université Al Akhawayn a compris le problème. Mais elle ne forme pas assez vite.

Dans nos centres de service à Casablanca et Rabat, on constate vingt-cinq pour cent de productivité en plus sur le traitement des candidatures quand on utilise l’IA générative correctement. Mais cela suppose des opérateurs formés. Pas seulement à l’outil, mais à la vérification des hallucinations. Un recruteur IA qui ne sait pas détecter un CV gonflé par ChatGPT est dangereux.

Notre métier de BPO est touché de plein fouet. Les clients européens demandent de l’IA dans nos processus. Ils veulent du traitement automatisé des factures, de la qualification des leads. Nous devons recruter des ingénieurs prompt pour des salaires de vingt-cinq à trente-cinq mille dirhams. C’est trois fois le salaire d’un opérateur senior classique. Cela change le modèle économique du nearshore marocain.

Si j’étais à votre place, j’arrêterais de chercher le profil parfait. Il n’est pas sur le marché. Je chercherais des profils hybrides. Un bon commercial qui apprend le prompt engineering vaut mieux qu’un ingénieur IA qui ne comprend rien au métier.

Je n’achèterais plus d’outils avant d’avoir formé mes équipes. C’est la règle des 70-20-10. Soixante-dix pour cent de formation interne, vingt pour cent de mentorat externe, dix pour cent de recrutement ponctuel. Les entreprises marocaines font l’inverse. Elles achètent la tech, puis appellent pour trouver le sauveur. Il n’arrivera pas.

Je signerais des partenariats avec les écoles maintenant. Pas dans deux ans. Jobzyn a eu la bonne idée avec Al Akhawayn. Il faut généraliser ce modèle à l’EMI, l’INSEA, HEC Maroc. Des stages longs, des missions réelles, des cas concrets. Pas des projets académiques.

Je regarderais aussi vers l’Afrique de l’Est et l’Europe de l’Est pour le sourcing. Le Maroc ne peut pas produire assez de talents IA localement avant 2028. Il faut importer, former, et garder. La diaspora marocaine à Montréal, Paris et Berlin est une piste. Ils connaissent le contexte local et les standards internationaux.

L’IA générative n’est pas une question d’achat. C’est une question de talents. Quarante-cinq pour cent d’adoption signifient quarante-cinq pour cent de frustration si on ne change pas de méthode. Les gains de productivité promis par McKinsey ne viendront pas des licences Microsoft. Ils viendront des gens que vous n’arrivez pas à recruter aujourd’hui. Commencez par là.

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